photo Janosh Simon
" - Si votre devoir, lui dis-je, vous force à me repousser malgré vous, votre devoir donc vous est à charge : il est votre ennemi malgré. S'il est votre, ennemi, pourquoi le chérissez-vous, pourquoi lui accordez-vous la victoire ? Amie de vous-même, commencez par fouler aux pieds cet insolent devoir
- Cela n'est pas possible.
- C'est très possible. Pensez à vous-même ; recueillez-vous, et fermez les yeux.
- Comme cela ?
- Fort bien.
Je l'attaque alors vite dans l'endroit faible ; mais à peine y suis-je qu'elle me repousse, sans rudesse cependant, et d'un air moins sérieux. Elle me dit que j'étais le maître de la séduire, mais que si je l'aimais, je devais lui épargner cette honte. Je lui fais comprendre alors qu'une fille d'esprit ne pouvait être honteuse qu'en cédant à un homme qu'elle n'aimerait pas ; mais que si elle l'aimait, l'amour, prenant tout sur son compte, la justifiait de tout. " (1)
Peut-être, s'agit-il là, du grand roman du XVIII° siècle, du grand roman d'une Europe, si éloignée de la notre : reprenant sans le dire, cette remarque vive de Castiglione " l'écriture n'est autre chose qu'une forme de parole qui demeure encore après que l'homme a parlé ", ce qui n'est pas très éloigné, de ce que l'on peut appeler une parole divine, qu'il convient d'entendre, si l'on sait lire, comme parole vivante d'un homme sans qualité qui demeure après sa disparition. Parole de l'écrivain qui demeure, parfois comme jamais après sa disparition, c'est le cas du lumineux Casanova, d'autant plus lumineux que sa langue, le français, a été publiée et découverte pour la première fois en 1960, c'était hier !
Il y a d'un côté, ce livre qui amuse ses voisins de ma Librairie, aventure verticale et horizontale, de l'autre ce que le cinéma en a fait, fadaises lorsque vous gouvernez !
à suivre
Philippe Chauché
(1) Histoire de ma vie / Giovanni Giacomo Casanova de Seingalt / Bouquins / Robert Laffont

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